September 16 - October 8, 2016

L'acier de la corde sciera le décor

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The mechanics of celestial erosion


by Victor Mazière


On the floor sit a hoist and pulleys.  Then, as if weightless on a frame of razor-sharp cables, arise a number of curiously hybrid shapes and forms, somewhere between Platonic solids and anti-personnel mines.  This is what greets the visitor to the Galerie Jerôme Pauchant: a startling décor, transformed by Lyes Hammadouche, turning the space into an improbable and ephemeral post-industrial Sistine Chapel. Imbued with metaphysical symbolism, this installation was entirely designed in situ but is not intended to glorify the fixed nature of Plato's heaven of ideas.   Instead, in this expression of celestial mechanics, all systemic stasis is undermined by a process of erosion which prevents the perfect engineering system from binding itself fully together.  Using a sort of inverted ontology, Lyes Hammadouche works to rip the façade off the trivial nature of the materials propping up his other-world and reveal the brutally factual execution of a conceptual space, projecting his own strike force upon the environment.  He also explores the space's future entropy, sliding into the empty spaces of an imagined Khôra  towards the very fabric of Time, a space so familiar to him.  This leads inexorably to the alteration of the structure, both metaphysical and technological.  A victim of its own efficacy, every system is infected from the first grain of sand that begins to erode it, and every closed ontological circuit is de-closed  by the simple fact that its meaning stems from relationship and movement which, by definition, is open and therefore imperfect.
The visitor is invited simply to explore these twin mechanics using a remote control to activate the hoist and fissure the suspended forms.  Some of these cracks are visible, others are so minute they pass unobserved, serving to underline the spectral nature of all temporal phenomena: always written, yet never truly experienced. Lyes Hammadouche takes human responsibility and, for the first time, embeds it into his work as one of many configurations in a system of action and counter-action.  He invites the viewer to vicariously visualise the fragility of an eco-system, in the widest possible sense of the word.
And behind the scenes of these celestial mechanics, blocked and obstructed from the very beginning, exists an exit from eternity which opens up each world and lets History flow out.


July 2016


(1) Plato, Republic, Book VII, 514a-517c
(2) Plato, Timaeus, 50c-52b; see also Jacques Derrida, Khôra, Galilée, Paris, 1993: La Khôra n'a pas d'essence ; elle est l'anachronie dans l'être, mieux l'anachronie de l'être. Elle anachronise l'être », p.25
(3) In the sense of a déclosion as written by Jean-Luc Nancy; see Jean-Luc, La Déclosion, Galilée, Paris, 2005 : The word « déclosion » stands in contrast with closion or « clôture », as an un-closing or de-closing-tearing down the wall, opening the cloister.


 


Mécanique de l'érosion céleste


Victor Mazière




Au sol : un treuil, des poulies ; puis, comme en apesanteur sur un réseau de câbles aussi tranchants que des lames, de curieuses formes hybrides, hésitant entre un assemblage de solides platoniciens et un champ de mines antipersonnelles : c'est le surprenant décor qui attend le visiteur à la galerie Jerôme Pauchant, transformée par Lyes Hammadouche, le temps d'une exposition, en une improbable Chapelle Sixtine post-industrielle.
Parcourue d'une symbolique métaphysique, l'installation qu'il a conçu in situ n'a pas pour autant l'ambition de glorifier la fixité du « Ciel des Idées »(1): car, dans cette mécanique céleste, toute stase de l'origine est minée de l'intérieur par un processus d'érosion, qui interdit toute auto-ligature d'un système dans la perfection de son ingénierie. Par un principe d?inversion ontologique, Lyes Hammadouche s'attache d'ailleurs à montrer le plus trivialement possible les étais matériels qui soutiennent son arrière-monde, tout ce chantier brutalement factuel de l'usinage conceptuel, qui lui communique sa « force de frappe ». Mais également son entropie future : aussi Lyes Hammadouche glisse t'il des coulisses d'une Khôra (2) fantasmée, vers la fabrique du Temps, ce domaine qui lui est familier. Et donc vers l'altération d'une structure, qu'elle soit métaphysique ou technologique : car, victime de sa propre efficience, tout engrenage est d'emblée grippé, depuis le premier grain de matière qui l'érode, de même que toute clôture ontologique est « déclose »(3) par le simple fait que le sens, étant une relation et un mouvement, est par définition ouvert et donc « imparfait ». C'est cette double mécanique  que le visiteur est amené, très simplement, à expérimenter, grâce à une télécommande qui actionne le treuil et provoque des fissurations sur les formes suspendues, certaines visibles, d'autres encore infimes, comme pour mettre en évidence la spectralité de tout phénomène temporel : toujours-déjà écrit, jamais-encore pleinement survenu.
Fait nouveau dans son travail, Lyes Hammadouche inscrit ainsi la responsabilité humaine parmi les paramètres d'un système d'action et de réaction, invitant, d'une façon sous-jacente, à visualiser la fragilité d'un « éco-système », au sens le plus large du terme. Et, derrière les coulisses de cette mécanique céleste enrayée dès son origine, la sortie hors de l'éternité, qui ouvre tout monde à la dissémination de l' Histoire.


Juillet 2016


(1) Platon, République, Livre VII, 514a-521c
(2) Platon, Timée, 50c-52b ; cf également Jacques Derrida, Khôra, Galilée, Paris, 1993 : « La Khôra n'a pas d'essence ; elle est l'anachronie dans l'être, mieux l'anachronie de l'être. Elle anachronise l'être », p.25
(3) Nous empruntons le terme de « déclosion » à Jean-Luc Nancy ; cf Jean-Luc, La Déclosion, Galilée, Paris, 2005