> Thomas TEURLAI (1988)

Thomas Teurlai completed his studies at Villa Arson in 2011 with official academic honours and the respect of his teachers. Since then, with his characteristic radi-calism, he has continually pursued his ideas both in Europe and the United States in a constant back and forth between seamy brown-field sites and the institutio-nal white cube, from the Palais de Tokyo to an abandoned fish cannery in remotest Iceland. Or elsewhere. Often, in his work, fluids, current, masses and mechanical and chemical reactions enter into conflict in confined or immense settings filled by contemporary ruins, relics of new spaces without qualities.
It would be difficult to deny that ruins are becoming increasingly prominent in the contemporary imagination. It would be equally difficult to deny that Thomas Teur-lai is very much a part of all this. The beauty and poetry of the margins are at work in his practice, as is the alterity of zombie materials, whose second lives he forces into being. Just as, at school, we discover the muscular properties of a frog’s corpse by running weak electrical current through it, so Teurlai reveals the disenchanted convolutions of our disintegrating society by injecting into his discards the energy that they lost long ago. Since the voltage is not always exactly appropriate, the pro-cess often jumps jerkily from the ridiculous to the disquieting in an obscure St. Vitus dance. Fire, shadow, poison and other ancestral dangers are still there, ready to prey on our modern comfort, hiding in that interzone which we often prefer to keep out of sight, the unseen backstage of a recycled landscape where ruins become almost instantaneous thanks to the miracle of programmed obsolescence. And to all those who would still complain about the over-prominence of these post-industrial ruins in contemporary practices, to all those who might still miss the purportedly superior romantic qualities of more ancient, more glorious vestiges, I would advise them to spend more time in aquarium shops. They have temples in cast resin that are really quite striking.

Thomas Teurlai a achevé en 2011 ses études à la Villa Arson avec les honneurs du protocole scolaire et le respect de ses professeurs. Depuis, et avec la radicalité qui le caractérise, il n’a eu de cesse de poursuivre, en Europe comme aux États- Unis, son parcours en un incessant va-et-vient entre la friche insalubre et le white cube institutionnel - du Palais de Tokyo à une usine de poissons désaffectée au fin fond de l’Islande, par exemple. Souvent, des fluides, des courants, des masses, des ré-actions mécaniques et chimiques y rentrent en conflit dans les décors restreints ou immenses de ruines contemporaines, reliques des nouveaux espaces sans qualité.
Il serait difficile de nier que les ruines occupent une place de plus en plus grande dans l’imaginaire de notre temps. Il serait tout aussi difficile de nier que Thomas Teurlai fait bien partie de ce temps-ci. La beauté et la poésie des marges sont à l’œuvre dans sa pratique, l’altérité de matériaux zombies, dont il force les secondes vies aussi. Comme on découvre à l’école les propriétés musculaires d’un cadavre de batracien en le parcourant d’un faible courant électrique, Thomas Teurlai pointe les arcanes désenchantées de notre société à la dérive en réinjectant dans ses rebuts l’énergie qui l’a depuis bien longtemps quittée. Le voltage n’étant pas toujours exactement approprié, le processus soubresaute souvent du ridicule à l’inquiétant en une obscure danse de Saint-Guy. Feu, ombre, poison et autres dangers ancestraux sont toujours là, guettant notre confort moderne, tapis dans cette interzone que souvent l’on préfère garder hors de vue, envers du décor d’un paysage-recyclage où les ruines deviennent pratiquement instantanées grâce au miracle de l’obsolescence programmée. Et à tous ceux qui se plaindraient encore de la trop forte occurrence de ces ruines post-industrielles dans les pratiques contemporaines, à tous ceux qui regretteraient encore les qualités romantiques prétendument supérieures de vestiges passés plus lointains, plus glorieux, je conseillerais une fréquentation plus assidue des échoppes de fournitures pour aquariums, les moulages en résine de temple y sont saisissantes.