> Kevin ROUILLARD (1989)

Kevin Rouillard, born in 1989, explores the influence of a presentation context on the reading and reception of objects. By reactivating the fantasy of the Natural History Museum, he places fragments of everyday life under glass. (...) The gesture of collecting is at the origin of his practice. "On my everyday journeys, when I go to my studio or when I go to buy materials, I come across objects. I pick up some of them : from this accumulation, I assemble in my studio a panel of forms that I can reuse further on", he explains.

These forms which show, as Georges Perec puts it, the "infra-ordinary", are museumized : on a pedestal or in a showcase, they are disposed in a position to be looked at - finally. At Montrouge, thus, one could find coins, shards of tablewear or flattened bullet cartridges. A way of founding our own archaeology, or, as imagined the author of Choses, it is not exotic any more, but "endotic" which becomes an object of curiosity. An inventory of proximity, for a museum of all the things without a name or a face.

Excerpt of the article "Salon de Montrouge (2/5) : focus on Kevin Rouillard", Ingrid Luquet-Gad, Les Inrocks, 11/05/2015

Kevin Rouillard, né en 1989, explore l’influence du contexte de présentation sur la  lecture et la réception des objets. En réactivant l’imaginaire du muséum d’histoire  naturelle, il met sous vitre des fragments du quotidien. (...) A l’origine de sa pratique, il y a le geste de la collecte.  “Sur les trajets que j’effectue au quotidien, lorsque je me rends à l’atelier ou que je vais acheter du matériel, je rencontre des objets. J’en ramasse certains : à partir de cette accumulation, je rassemble dans mon atelier un panel de formes que je peux ensuite réutiliser”, explique-t-il.

Ces formes, qui témoignent, pour le dire avec Georges Perec, de l’ “infra-ordinaire”, se retrouvent muséifiées : sur socle ou sous verre, elles sont placées en position d’être regardées – enfin. A Montrouge, on retrouvait ainsi des pièces de monnaie, des tessons de vaisselle ou encore des cartouches de balles aplaties. Une manière de fonder notre propre archéologie, où, comme l’imaginait l’auteur des Choses, ce n’est plus l’exotique mais “l’endotique” qui devient objet de curiosité. Un inventaire de proximité, pour un muséum de toutes les choses sans nom et sans visage.

Extrait de l'article "Salon de Montourge (2/5) : focus sur Kevin Rouillard", Ingrid Luquet-Gad, Les Inrocks, 11/05/2015


Marc-Olivier Wahler and Leslie Veisse, 2014

At first sight, Kevin Rouillard’s artistic practice seems to join the one of a collector, or even of an archaeologist. The artist, in fact, incessantly seeks objects that carry similar values, whether it be on a formal or scientific level. He collects them, tirelessly, studies and archives them, of fear that they should disappear into oblivion. He rummages through the pleats of history and searches for the origin of our memory. By doing that, Kevin Rouillard could claim a privileged place in the lineage of artists who since several decades sound our waste, our archives, our relations to objects and underline our constant inclination towards the reification of objects.
But Kevin Rouillard doesn’t develop any particular fascination for the object, nor any idealisation. He works, as he says himself, with what he finds, in a completely fortuitous manner, trying, in the wake of Duchamp, to annihilate all selection criteria. The idea of finding prevails. No privileged choices, no hierarchy between a piece and another: the artist’s taste is erased and gives to the material all the possibilities to embody its sense of potential, beyond the determination of the artist. The latter aspires to charge it with another presence, which it then takes over. Thus, the object imposes itself, without us being able to decide otherwise. These fragments deliver no evidence of the past, but multiply the writing of histories without endings, destined to be recycled, to be permanently reinvented. If the fortuitous encounter between the artist and the objects seems to slow down all vague desire of reification, the way the measures are taken leaves nothing to coincidence. The overtaking of the collected object is accentuated by the questioning of the museum demonstration devices and of the transformation of the hanging techniques.
It is not an object in itself that captivates the attention but the manner how the object reveals itself. The aesthetic indifference in the act of collecting allows these objects to exist without prejudice and be exhibited without conventions. The prominent bricks serve as presentation pedestals, the frames transform themselves into concrete block walls, the shelves carry only stones, and the coat racks hold fossils. The understanding of the fragment lets itself thus be forgotten, leaving only its presence. The elements are simultaneously blank of all history and agents of a universal history.

 

Marc-Olivier Wahler et Leslie Veisse, 2014

À première vue, la pratique artistique de Kévin Rouillard semble croiser celle du  collectionneur, voire de l’archéologue.
L’artiste n’a en effet de cesse de chercher des objets partageant des valeurs communes, que cela soit au niveau formel ou scientifique. Il les collecte, inlassablement, les étudie et les archive, de peur qu’ils ne se perdent dans l’oubli. Il fouille les plis de l’histoire et recherche les racines de notre mémoire. Ce faisant, Kévin Rouillard pourrait revendiquer une place de choix dans le cortège de ces artistes qui depuis plusieurs décennies  sondent nos rebuts, nos archives, nos relations aux objets et mettent en exergue notre constante propension à la réification des objets.
Or Kévin Rouillard ne développe aucune fascination particulière pour l’objet, aucune idéalisation. Il travaille, dit-il, avec ce qu’il trouve, de manière totalement fortuite, cherchant, dans le sillage de Duchamp, à annihiler tout critère de sélection. L’idée de trouvaille prédomine.
Pas de choix privilégié, pas de hiérarchie entre une pièce et une autre : le goût de l’artiste s’efface et laisse à la matière toute la possibilité d’incarner son sens potentiel, au-delà de la détermination de l’artiste. Ce dernier aspire à lui donner une autre présence, qu’il s’approprie.
L’objet s’impose alors, sans que l’on puisse en décider autrement. Ces fragments ne délivrent aucun témoignage du passé, mais multiplient des écritures d’histoires sans fin, vouées à un recyclage, une réinvention permanente. Si la rencontre fortuite entre l’artiste et un objet semble constituer un frein à toute velléité de réification, la question du dispositif ne laisse rien au hasard. Le dépassement de l’objet collecté est mis en  relief grâce au questionnement du dispositif de monstration muséale et à la réinvention de l’accrochage.
Ce n’est plus l’objet en tant que tel qui attire l’attention mais la manière dont l’objet se dévoile qui fixe le regard. L’indifférence esthétique dans l’acte de collecter permet à ces objets d’exister sans préjugés et de les exposer sans conventions.
Les briques proéminentes servent de socles-présentoirs, les cadres se transforment en murs de parpaing, les étagères n’accueillent que des pierres, les porte-manteaux retiennent des fossiles.
La connaissance du fragment se laisse alors oublier, à la faveur de sa seule présence. Les éléments sont à la fois vierges de toute histoire et dépositaires d’une histoire universelle.