Starting from reality Benjamin Collet deploys, assembles and compares many events and images; how things and images are built up; what they hide and what they mean. Nowadays we are surrounded by an intense images production from whom he doesn?t know issues and doesn?t have any keys to read it. Lewis Caroll wrote «So, said Alice, if the world has no sense who will stop us to invent one.» Installation and composition interest him a lot in this sense. In addition, poetic and prospective that exist in all things around us allow him to make his own world. Not an isolated world but more a filter or a language through which he can understand, observe and stand his day to day surrounding. He sets a display made of tools, materials and features in aim to create speeches, tales and fictions. Combining writing, documentation, archiving as well as sketch, sound and video, his installations are kind of «ideas cases». All those fragments and tracks form/create a kaleidoscopic investigation of our world.

Benjamin Collet déploie, assemble et confronte dans son travail une multitude d?événements et d?images issues du  réel ; comment les choses ou les images se construisent ; ce qu?elles cachent et vers quoi elles tendent. Surtout aujourd?hui face à l?intense production d?images dont on ne connaît pas les aboutissants ni les clefs de fabrication ou de lecture. Lewis Caroll disait « Mais alors, dit Alice, si le monde n?a véritablement aucun sens qui nous empêche d?en inventer un. » En ce sens, l?installation, l?idée d?agencement et plus généralement la composition l?intéressent énormément. De plus, la poétique et les éléments prospectifs présent en toute chose lui permettent de déployer un monde, non pas un monde autonome et isolé, mais un monde filtre, un langage pour appréhender le nôtre. Il construit ainsi des ensembles faits d?instruments, de matériaux et de fonctionnalités disjointes lui permettant de faire émerger discours, récit ou fiction. Mêlant l?écriture, la documentation, l?archivage mais aussi la maquette, le son et la video, ses installations s?assimilent à «des étuis à idées» dont les éléments fragmentaires semblent constituer les traces d?une enquête kaléidoscopique sur le monde.

 

Somewhere between here and cosmos, there is a myriad of virtual images in circulation that saturate our values when we look at them.

Sitting in front of his computer, Benjamin Collet tracks down day after day the movements of this mine devoid of substance. Each morning, he tests the state of the digital sky with an aesthete?s dream: finding a meaning to it. Click after click, he sorts out the spirit of the times; he gathers, compiles, densifies and recomposes fictions with the lyricism and excess of a researcher pondering Experience and Poverty by Benjamin Walter.

In his studio, all around him, the phantasmatic world of images, filtered under various forms, stand alongside subsistence sculptures. Sawhorses, glasses, cans or remnants are the usual objects easy to reach that Benjamin Collet will magnify with a drastic colorization method, lines and accidents. His compositions unfurl within a studio temporality stubbornly filtering our era?s ubiquity. He is busy with a necessity similar to the animal world?s where everyone?s action brings balance. ?There is a movement in every thing and you decide to go along or not?, he says, brooding Deleuze. According to Pierre Gaignard, our animal has become a thief of remnants, but his cause stands above: to find within the contemporary horizontality a transcendent axis which would bring slow-motion? the one of contemplation. Besides being a hip hop and techno music producer, he would say at a different time that his works are not haikus, but albums or cocktails, and that he is not a sieve or an octopus, but a child in Nietzsche?s sense. A whole range of words, replacing a meaning by another and shoving the notion of importance. This loss is precisely at the source of Benjamin Collet?s work and it exploits our world?s spectrum with consumed freshness.

 

Il y a quelque part entre ici et le cosmos, des myriades d?images virtuelles en circulation qui saturent nos valeurs lorsque nous les regardons.
Benjamin Collet, assis derrière son ordinateur, traque jour après jour les mouvements de cette mine sans matière. Chaque matin, il sonde l?état du ciel numérique avec un rêve d?esthète: y trouver du sens. De clics en clics, il trie l?air du temps, glane, compile, densifie, recompose des fictions avec le lyrisme et les excès d?un chercheur réfléchissant avec sérieux à Expérience et pauvreté de Walter Benjamin.
Dans son atelier autour de lui, le monde fantasmatique des images, filtré sous diverses formes, côtoie des sculptures de subsistance. Tréteaux, verres, canettes, chutes, sont des objets usuels à portée de bras que Benjamin Collet va magnifier avec une méthode drastique de colorisation, de lignes et d?accidents. Ses compositions se déploient ainsi dans une temporalité d?atelier obstinée à filtrer l?ubiquité de notre ère. Il s?affaire alors avec une nécessité proche de celle du monde animal au sein de laquelle l?action de chacun équilibre le grand tout. «Il y a un mouvement dans chaque chose et tu décides de l?accompagner ou non» dit il en remâchant Deleuze. Selon Pierre Gaignard, notre animal est alors un voleur de chutes, mais sa cause est supérieure:  trouver dans l?horizontalité contemporaine un axe transcendantal qui mette «de la slowmotion»? celle de la contemplation. Par ailleurs producteur de musique hiphop et techno, il dira à une autre heure que ses pièces ne sont pas des haïkus, mais des albums ou des cocktails, et qu?il n?est pas un tamis, ni un poulpe mais un enfant au sens de Nietzsche. Toute une palette de mots, remplaçant une définition par une autre et bousculant la notion de prégnance. Cette déperdition est précisément à la source du travail de Benjamin Collet et elle exploite avec une légèreté consommée les spectres du monde dans lequel nous vivons.

Lucille Uhlrich, And/ End/ Hand? Pierre Gaignard x Benjamin Collet, septembre 2014 (extrait/excerpt)