June 4 - July 11, 2020

Terencio Gonzalez - Patio de Luz - EXTENTED to July 11, 2020

-


Hasard voulant conçue en pleine pandémie de coronavirus qui nous a plongés, corps et âmes, dans le brouillard incertain d?un confinement global, Patio de luz ? la seconde exposition personnelle de Terencio González à la Galerie Jérôme Pauchant ? pourrait tout aussi bien être à la peinture abstraite ce qu?un « puit de lumière » est au logis : l?illusion éblouissante d?une vue par-delà le cadre étroit d?une fenêtre, ou d?une toile de lin brut dans le cas qui nous concerne. La nouvelle série d??uvres de l?artiste franco-argentin poursuit l?exploration picturale dans laquelle il s?est embarqué depuis le début des années 2010, usant de l?éclat de fonds d?affiches rothko-esques pour seule palette en écho à ses flâneries urbaines.


 


En effet, González est, à l?origine, tombé sur ce qui deviendrait à la fois la matière première et le leitmotiv lumineux caractéristique de son oeuvre en se promenant dans les rues de Buenos Aires. Affichés sauvagement partout dans la capitale argentine, ces posters à l?allure vintage et visiblement bas de gamme présentent en général des dégradés de deux ou trois couleurs, sur lesquels sont imprimées toutes sortes de publicités et propagande politique, quand ils n?annoncent pas la tenue de spectacles ou soirées de cumbia. Apprenant que ces affiches étaient fabriquées à la demande dans des imprimeries locales, il s?est mis à leur recherche durant chacun de ses séjours argentins pour en ramener des stocks vierges dans son atelier parisien, où ils n?ont cessé de nourrir sa pratique.


 


Qualifiée de « fontaine de couleur » ou « rouleau arc-en-ciel », la technique d?encrage derrière ces arrière-plans radieux est sans doute aussi vieille que l?impression typographique, mais sa popularité a sensiblement bondi à la fin des années 1960, durant l?ère hippie, lorsque graphistes et artistes pop ont commencé à se la réapproprier pour créer des affiches de concert et des posters tape-à-l?oeil, parmi d?autres collectors semble-t-il sans plus haute prétention. Pour le dire franchement, ces jolis dégradés ? qu?il est facile d?obtenir en versant séparément deux couleurs ou plus dans l?encrier d?une presse, avant de la laisser tourner ? étaient une manière rapide et peu onéreuse de donner une touche psychédélique à leurs messages, dès lors plus d?impact visuel.


 


Incidemment, alors que González se découvrait à peine son intérêt pour les posters arc-en-ciel, un échange au Art Center College of Design à Pasedena en Californie, en 2013, lui a offert l?occasion de se familiariser plus amplement avec leurs ressorts esthétiques. L?un de ses professeurs ? le critique d?art Jan Tumlir ? avait participé plus tôt dans l?année au commissariat de In the Good Name of the Company : une exposition célébrant l?héritage artistique de Colby Poster Printing Company, une imprimerie typographique familiale basée à Los Angeles qui venait juste de fermer ses portes après avoir soutenu son activité pendant près de soixante-dix ans. L?utilisation typique par Colby de couleurs fluorescentes combinées à cette technique et des polices de caractères grasses avait inspiré tant de musiciens et artistes dans la région que le Hammer Museum a fini par embaucher la compagnie pour réaliser le design de l?affiche de sa première biennale Made in L.A., en 2012. Cela faisant, ce style original de rouleau arc-en-ciel s?en est trouvé à jamais iconique, au point de se confondre avec l?identité même de la Cité des Anges.


 


C?est ici que l?analogie avec la trajectoire personnelle de González s?arrête, non seulement parce que cette dernière dévoile une histoire qui ? comme l?imprimerie ? s?étend manifestement bien au-delà de la Côte ouest américaine, sublimant potentiellement toutes les frontières, mais aussi parce que la couleur est l?unique message dans son cas. Qu?il s?agisse de l?affiche qu?Ed Ruscha a réalisée pour promouvoir la première de son film Miracle en 1975, ou de la transcription par Allen Ruppersberg de Howl ? le poème beat phare d?Allen Ginsberg ? en 2003, les deux imprimées sur des posters Colby, l?atelier typographique californien a essentiellement mis au monde des ?uvres littéraires ou pour le moins conceptuelles. À l?inverse, les dégradés ready-made et prêts à l?emploi que González collecte à Buenos Aires sont un tremplin vers de plus amples aventures picturales. Ce sont des palettes trouvées, pour ainsi dire, qu?il s?évertue de transmuer en véritables peintures.


 


La pratique de l?artiste franco-argentin s?organise autour de trois étapes distinctes, bien qu?étroitement liées, à commencer par un travail au pinceau épais, inégal et hâtif avec différentes nuances de peinture acrylique murale blanche, ainsi qu?un mélange de blanc de Meudon sur toiles de lin brut. Il poursuit en collant délicatement un ou deux fonds d?affiches arc-en-ciel, parfois préalablement découpés, sur ces surfaces fortement texturées de telle sorte que ces dernières se dessinent à travers ? et fusionnent avec ? les feuilles colorées, que la finesse du papier rend presque translucides. Enfin, il achève ses compositions avec de légères touches de peinture à la bombe, créant des échos discrets, comme hâlés, de ses palettes trouvées dans les parties restées vierges de ses peintures.


 


Si l??uvre de González continue de retranscrire des émotions ressenties en ville, notamment à travers un vocabulaire résolument attaché aux diverses interventions sur ses murs, elle est désormais hantée par tout autre chose. Ses nouvelles peintures ont été réalisées pour la première fois à partir de fonds offset, qu?il a rassemblé pendant une résidence du C.N.A.P en 2017. Ce procédé plus récent tend à remplacer partout la typographie, précipitant les imprimeries de Buenos Aires ? comme il est arrivé à Colby ? vers l?obsolescence ou la renaissance. Non que l?offset ne vibre pas de ses imperfections propres, qu?il reste à découvrir à la Galerie Jérôme Pauchant, les traces fantomatiques qui caractérisaient les travaux antérieurs de l?artiste ? et que laissaient sur le papier de vieilles presses nettoyées à la va-vite, quand les affiches n?étaient pas simplement pliées, l?encre encore humide ? appartiennent au passé. Nous entrons dans une nouvelle ère, aussi bien pour González que le reste du monde, et dans laquelle il faut espérer que flâner dans la rue ne sera bien heureusement pas qu?un souvenir distant.


 


Violaine Boutet de Monvel


 


Conceived as it turned out in the midst of the covid-19 pandemic that has plunged ourselves, body and soul, in the uncertain haze of a global lockdown, Patio de luz ? Terencio González?s second solo show at Jérôme Pauchant ? may as well be to abstract painting what a "lightwell" is to a home : the glaring illusion of a view beyond the narrow frame of a window, or a raw linen canvas in this case. The French Argentine artist?s new series of works continues on the pictorial exploration that he has embarked upon since the early 2010s, using bright Rothko-esque poster backgrounds as his sole palette and an echo to his urban flâneries.


 


Indeed, González first encountered what would become both his materia prima and signature light-motif while wandering the streets of Buenos Aires. Fly-posted all over the Argentine capital, these distinctively cheap, vintage-like notices typically present bi- or tri-color gradations, overprinted with all sorts of ads and political propaganda, when not announcing upcoming shows or cumbia parties. Learning that these posters were fabricated on demand at local print shops, he set out to search for them during each of his Argentine trips so that to bring back blank stocks to his Parisian studio, where they have fed his practice ever since.


 


Called "split fountain" or "rainbow roll", the inking technique behind these radiant backdrops may be as old as letterpress, yet its popularity noticeably grew in the late 1960s, during the hippie era, when both graphic designers and Pop artists began re-appropriating it to create gig posters and eye-catching affiches, among other seemingly lowbrow collectibles. To put it bluntly, these beautiful gradients ? easily obtained by pouring two or more separate colors into the ink well, before letting the press roll ? were a quick and inexpensive way to give a psychedelic touch to their messages, thus more visual impact.


 


Incidentally, while González?s interest for split-fountain posters arose, he was further introduced to their aesthetic qualities during an exchange at the Art Center College of Design in Pasadena, California, in 2013. One of his teachers ? the art writer Jan Tumlir ? had co-curated earlier that year In the Good Name of the Company: an exhibition that celebrated the artistic legacy of the Colby Poster Printing Company, a Los Angeles-based, family-run letterpress shop that had just closed up after nearly seven decades of activity. Colby?s signature use of Day-Glo colors combined with that technique and bold typefaces had inspired so many musicians and artists in the area that the Hammer Museum ultimately hired the company to design the poster for its first biennial show Made in L.A., in 2012. In doing so, this unique split-fountain style forever turned iconic, becoming one with the identity of the City of Angels itself.


 


This is where the analogy with González?s personal trajectory stops, not only because the latter unveils a history that ? not unlike printing ? manifestly extends much beyond the West Coast, potentially transcending all borders, but also because color is the only message in his case. Be it Ed Ruscha?s affiche to advertize the premiere screening of his film Miracle in 1975, or Allen Ruppersberg?s transcription of Allen Ginsberg?s seminal beat poem Howl in 2003, both printed on Colby posters, the Californian letterpress shop essentially brought out literary or at least conceptual artworks into the world. Contrastingly, the ready-made and ready-for-use gradient prints that González collects in Buenos Aires are a springboard onto further pictorial ventures. They are found palettes, if you will, which he strives to transmute into actual paintings.


 


The French Argentine artist?s practice revolves around three distinctive, although closely intertwined stages, starting with a thick, uneven and hasty brushwork with different hues of white acrylic mural paint, as well as a mixture of chalk powder on raw-linen canvases. He then proceeds to delicately collage one or two, sometimes previously cut out split-fountain posters over these heavily textured surfaces so that the latter transpire through ? and fuse with ? the former?s thin, almost translucent colorful sheets. Finally, he completes his compositions with light dabs of spray paint, creating discreet, like sun-kissed echoes of his found palettes in the remaining blank parts of his paintings.


 


While González?s ?uvre continues to convey emotions felt around town, notably through a lexicon resolutely bound to the many interventions on its walls, it is now haunted with something else entirely. His new paintings were made for the first time using offset backgrounds, which he gathered during a residency awarded by the C.N.A.P (the French National Center for Visual Arts) in 2017. This process, which is more recent, tends to replace typography everywhere, precipitating print shops in Buenos Aires ? as it did Colby ? towards obsolescence or rebirth. Not that offset doesn?t shiver from its own imperfections, which have yet to be discovered at Galerie Jérôme Pauchant, the ghostly traces that characterized the artist?s earlier works ? and which old presses left on paper when cleaned in a rush, if it weren?t for posters ?being folded while their ink still wet belong to the past. Onto a new era we go, for González as much as the rest of the world: one in which hopefully wandering the streets won?t be a mere souvenir.


 


Violaine Boutet de Monvel