The gallery Jérôme Pauchant focuses on different types of radicalisms in its program, or at least on the the limits of a practice or a material, the expanded or reduced forms they can take, such as the two latest exhibitions held here: Olympe Racana-Weiler and her vigorous, saturated paintings that act extravagantly as a colored spatial complexity, or the group show entitled “Heavy Metal” with artworks testing their own material.
To go further on this path, the gallery presents the exhibition “ZERO” as a counterpoint, a frontal opposition objecting the act of painting or the traditional ways to paint, with Simon Laureyns, Renaud Regnery and Daniel Buren as a special guest.

Choosing to invite Daniel Buren makes sense in the historical engagement of his first paintings with white and grey stripes in 1967, wishing to get nearer to a “minimum or zero or neutral composition”. The canvas is not a ready-made, as he notifies by the presence of a simple coat of white paint on the grey stripes on the far left and right edges of the fabric, the colored material as a slim banal trace confirms this is a therefore painting and not a ready-made.
The works presented later in the “Manifestations” (1967) with Mosset, Parmentier and Toroni show for the first time his intention to create paintings in the most drastic economy of means, the zero degree of painting, without disengaging himself from it. From 1967, painting as strictly meant before and works on paper, white, colored, striped and glued in the studio are no longer part of his work and concern.
The choice to present a recent work (2016) by Daniel Buren is a mean to show how in 2018 the idea of the degree zero of painting is still vivid and used with vigor.
The work, a diptych entitled ‘Cible acide’ (Acid target) is made of 20 x 20 cm brass squares, created in a very peculiar way, the idea of mechanical multiplication of 5 identical images being at issue, the squares, made of the artist’s visual tool, in order to get to unique multiples using an uncontrollable medium that creates color alternating with the white stripes: nitric acid on brass.
The work is a checked patterned diptych of 2 squared-meters and uses notions that are important to the artist: to cut, shift, multiply, reassemble… Between the radicalism held in the cold and mechanical fabrication process and the nearly lyrical pictorial result, this unique and particular work is a keen surprise, still using the strong principles and issues dear to the artist.

One of the two artists’ Simon Laureyns and Renaud Regnery preoccupations is also being opposed to the act of painting. Confronted to the problem of the painting’s presence, they offer an answer with distinctive means. They refuse to create ready-made and try to reduce as much as possible the painter’s practice in the material they use and in the composition of their works, while trying to reach a strong and immediate pictoriality, with no pathos but somehow sensitive.
Simon Laureyns chooses to stretch used pool table cloths in their entirety: an allusion to monochrome, also reminiscence to the vibrating traces and use. With the Eight Balls Paintings, the artist refers to some of his fellow artists in recent art history while freeing himself from their traditional practice. He also steps aside by refusing to use some immaculate pool cloth just pulled out of its case to avoid ready-made. He insists on selecting carefully the cloth depending on the singular and charismatic pictorial effect it will have.
Renaud Regnery chooses a regulated material: wallpaper. But not any: specifically the one with industrial pattern used during the crisis in the 1930’s America, on sale at the same time as stove tiles. As a poorer population could not afford to buy those, the wallpaper cheaper imitation is temporarily commercialized. Taken away from these historical details, the pattern to be seen remains simple, with no specificity, apart from the reddish color of the grid. Only the simple composition and the chosen format allow distinguishing the works within the series entitled “Faux-tiles Paintings”. The wallpaper is not unfurled, pinned or stuck on the wall as in traditional painting, but enriched with compositions with no particular affect, expelling here too the notion of ready-made.

The exhibition ZERO held at the gallery Jérôme Pauchant from May 18 to June 16, 2018 with Daniel Buren, Simon Laureyns and Renaud Regnery’s recent works, highlights the possibilities of renewed creation as close as possible to the zero degree of a plastic work.

Frédéric Galliano, April 2018

*in Konzeption/Conception, Leverkusen: Städtisches Museum, Oct.  1969, Daniel Buren, Les Ecrits, 1965 – 2012, Volume I (1965 – 1995), Flammarion, 2012, p.80.




A travers son engagement, la galerie Jérôme Pauchant se focalise sur des formes de radicalité ou, en tout cas, sur l’interrogation des limites d’une pratique ou d’un matériau et des formes expansives ou réductives qu'elles peuvent prendre. En témoignent notamment les deux expositions les plus récentes : celle d’Olympe Racana-Weiler et ses œuvres énergiques, saturées de peinture constituant un acte débridé de complexité spatiale colorée ou la proposition collective « Heavy Metal » dans laquelle les œuvres questionnent leur propre matérialité.
Pour approfondir cette direction artistique, c’est en contrepoint, dans une opposition frontale, dans une objection à l’acte de peindre et aux médiums traditionnels de la peinture, que s’inscrit cette nouvelle exposition "ZERO" avec Simon Laureyns, Renaud Regnery et Daniel Buren en invité spécial.

L'invitation de Daniel Buren prend son sens, à travers son engagement historique dans ses premières peintures sur tissu rayé blanc et gris à partir de 1965, dans la volonté d’approcher « une composition minimum, ou zéro, ou neutre».* Il signifie que la toile n’est pas un ready-made par un très simple recouvrement de peinture blanche des deux bandes non colorées sur les bords verticaux gauche et droit de la toile de store. Le médium pigmenté, trace infime et banale, confirme alors que l'on est toujours devant une peinture et non devant un ready-made.
Ces toiles, présentées lors des « Manifestations » qui eurent lieu plus tard en 1967 avec Mosset, Parmentier et Toroni, sont véritablement, les premières œuvres de Daniel Buren où celui -ci développe une oeuvre tentant d'exprimer le degré zéro de la peinture, pas de s'en dégager. C'est après, fin 67 et ensuite, que la peinture au sens strict précédent ainsi que les papiers imprimés blancs, colorés, rayés, collés et l'atelier, furent rayés de sa pratique et de ses préocupations.
Le choix de présenter une pièce récente (2016) de Daniel Buren s’impose comme le moyen de montrer comment, en 2018, cette idée d’un degré zéro de la peinture est encore vivante et énergisée par cet artiste fondamental.  
Composée de carrés de laiton de 20 cm de côté, le diptyque "Cible acide" de Daniel Buren a été créé de manière originale en mettant en jeu la notion de multiplication mécanique de 5 images identiques, carrées, conformes à l’outil visuel de l'artiste, pour arriver à des variations par le biais d’un médium incontrôlable créant la couleur alternée aux bandes blanches : de l’acide nitrique sur du laiton.
Cette œuvre se présente sous forme d’un damier de deux mètres carrés, en diptyque, utilisant des notions chères à Daniel Buren : couper, décaler, démultiplier, réassembler… Entre radicalité du processus de fabrication, froid et mécanique, et résultat pictural presque lyrique, cette œuvre singulière surprend par sa vivacité tout en embrassant les problématiques et principes forts de l’artiste.

L'opposition au geste de peindre est également une des préoccupations des deux artistes Simon Laureyns et Renaud Regnery. Confrontés à cette problématique de « l'encombrante peinture », ils tentent d’y répondre, dans leur pratique, par des moyens tranchés. Refusant l’idée de ready-made, ils visent à réduire le plus fortement possible la pratique du peintre, tant dans les médiums que dans les compositions, tout en cherchant à accéder à une picturalité forte, immédiate, sans pathos et toutefois sensible.
Ainsi, Simon Laureyns choisit de tendre sur châssis des tapis de billard usagés dans leur intégralité : évocation du monochrome d’une part, réminiscence d’une vibration de traces et de patines d’autre part.
Avec ses Eight Ball Paintings, l'artiste convoque ainsi quelques-un de ses prédécesseurs dans l’histoire de l’art récente, tout en s’affranchissant de la pratique conventionnelle de ces références. L’artiste fait aussi un pas de côté en refusant le tapis immaculé sortant de sa housse neuve, pour marquer sa différence avec le ready-made. Il rappelle ainsi que ses sélections parmi de nombreux tapis de billard sont des choix, non par défaut, mais liés à une recherche picturale singulière et charismatique.
Renaud Regnery opte pour un matériau normé et formaté : le papier peint. Pas n’importe lequel : celui d’un motif industriel de la crise des années 30 aux Etats-Unis, dont l’apparition sur le marché correspond à la mode des carreaux de faïence. La paupérisation de la population à cette période n’en permettant pas la vente, c’est cette imitation en papier peint à carreaux qui vint provisoirement les remplacer. Evacué de ces considérations historiques, le motif qui nous est donné à voir est simple, sans spécificité, si ce n’est la couleur rouge des quadrillages qui n’indique rien de particulier. Le papier n’étant pas présenté simplement déroulé, punaisé ou collé sur le mur en un lé, Renaud Regnery évacue ainsi la notion de ready-made. Dans les Faux-Tiles Paintings, les papiers peints collés sur toiles se présentent au regardeur dans une construction minimale et un rapport contrôlé au format, orthonormés, superposés, d’où émanent d’infimes vibrations : composition à minima.
La réappropriation de ce matériel décoratif et son réagencement sans affect sont autant d'enrichissements picturaux proposés par l'artiste.

Dans sa globalité l'exposition ZERO, présentée à la galerie Jérôme Pauchant du 18 mai au 16 juin 2018, met en lumière à travers des œuvres récentes de Daniel Buren, Simon Laureyns et Renaud Regnery des possibilités de création renouvelées, s’approchant autant que possible du degré zéro de l'œuvre plastique.

Frédéric Galliano, Avril 2018

*in Konzeption/Conception, Leverkusen: Städtisches Museum, Oct.  1969, Daniel Buren, Les Ecrits, 1965 – 2012, Volume I (1965 – 1995), Flammarion, 2012, p.80.