February 16 - March 31, 2018

I came back from paradise and I'm frankly hungry

-


Novalis wrote that "dramatic thinking is completely sane" (1) and coming back from paradise being hungry is something. Indeed, Olympe Racana-Weiler's generation is endlessly trying to collide with reality, to survey it and break its barriers. As Olympe knows fully that coming to terms with the formal idealism of an angelic abstraction, giving the concepts a function and dismantling the virtual does not protect you from the blood pact that painting requires.


Caravage has struck her youth. Under the guidance of her father, mindful of her education and taking her to see some masterpieces, radical changes seize her and the promise of a world that is always about to collapse, dragged from the blackest obscurity, salvation looms at the last minute with the grace of light. To make, create this object of painting. We should have said: at last the dark, at last the cold, at last nothing left; but the vitality of the forces made is dazzling, forces of reality, language within language. And so it goes in Olympe Racana-Weiler's work. Her work is the hunger of health that paints.


The first time I discovered her large paintings in the galerie Michel Journiac (2), I felt the rise of a poem's perfection. Pre-existing within the body and fighting to get to the articulation, to its inscription, to the permanency of the being, to reality, the words coming from farther than any rational thinking, lethal, prophetic perhaps, right, as in veracious. "Full consciousness talks the language of all languages. Its ornament is the face; its face is the ornament. Men's language talks from the tongue. If the promise is good, then the face shines", says the Kutagdu Bilig (3). The colors materialize a condensed thought in the fight of a present where the body rises up against death in consciousness. A glorious path appears, a clamor, a typically tragic dimension where all the elements are entwined and seem to accomplish this work of separation, as fate, where the absence creates a desire that is so necessary to the living.


Watching Olympe's works is like walking in alchemical undergrowth, just as within a cognitive microbiota. No line, no angle, but gaps and spiraling intuitions in order to reach the unknown of the self and its vital rise.


This exhibition today confirms an age of early maturity, of the first accomplishment, and the roads open up to Olympe, the kind that testify the intensity of a great painting that acts in its own tragic dimension. And she fully signs and undertakes this sacrificial deal which consists in a painting updated by the psychic and saving nature of the work. A crucial desire for humanity, in love with earth and its humus, its mystery. As the secret lies under the form, the secret, source of humanity, remains.


 


1. Novalis, Anecdote 2019 in Le Monde doit être romantisé, Allia 2002, 2008. p. 88 (French edition).
2. Quentin Euverte x Olympe Racana-Weiler, 3'n in the morning - Noire était mon ombre, Galerie Michel Journiac, Paris, November 14 - December 22, 2017.
3. Epic poem by Yusuf, Khass Hajib (1069-1070).


 


« La pensée dramatique est complètement saine » (1) écrivait Novalis et revenir du Paradis et en revenir affamée n'est pas quelque chose d'anodin. Il faut bien dire qu'Olympe Racana-Weiler fait partie d'une génération qui n'en finit plus de se heurter au réel, de l'arpenter et d'en trouer les obstructions. Car en terminer avec l'idéalisme formel d'une abstraction angélique, fonctionnaliser les concepts et déconstruire le virtuel, ne vous soustrait pas au pacte de sang auquel vous soumet la peinture et de cela, Olympe en sait quelque chose. Caravage avait marqué son jeune âge. Sous la houlette d'un père attentif qui la traîne  devant les chefs d'oeuvres, la saisissent ces retournements qui promettent d'un monde toujours au bord de l'effondrement, arrachée de l'obscurité la plus noire, une salvation surgie in extremis par la grâce de la lumière. Faire, élaborer cet objet de la peinture. On devait dire: enfin le noir, enfin le froid,  enfin plus rien; mais la vitalité de ces forces réalisées est éclatante, forces du réel, langage dans le langage. Ainsi en va-t il dans le travail d'Olympe Racana-Weiler. Ce travail est la faim d'une santé qui peint.


La première fois que je découvrais ses grandes toiles à la galerie Michel Journiac (2), je retrouvais la sensation de cette montée en la perfection du poème. Pré-existants au sein du corps et luttant pour arriver à l'articulation, à son inscription, à la permanence de l'être, au réel, ces mots qui viennent de bien plus loin que toute pensée rationnelle, fatals, prophétiques peut-être, justes dans le sens de véridiques. «La pleine conscience parle la langue d'entre les langages. Son ornement est le visage, et le visage est ornement. Le langage des hommes parle à partir de la langue. Si la promesse est bonne, le visage brille.» dit le Kutadgu Bilig (3). Les couleurs concrétisent une pensée condensée dans la bataille d'un présent où le corps s'élève contre la mort en conscience. Se dessine un chemin glorieux, une clameur, cette dimension proprement tragique où tous les éléments imbriqués semblent accomplir, comme un destin, ce travail de séparation où le manque crée le désir si nécessaire au vivant.


Regarder ces oeuvres est s'avancer dans un sous-bois alchimique comme au sein d'un microbiote cognitif. Pas de ligne, pas d'angle, mais des trouées, des intuitions en spirale pour atteindre l'inconnu de soi et sa nécessaire verticalisation.


Aujourd'hui cette exposition affirme cet âge de la première maturité, du premier accomplissement et devant Olympe s'ouvrent des chemins qui sont ceux qui témoignent de la vivacité d'une grande peinture opérant dans sa dimension proprement tragique. Et pleinement, elle signe et assume ce pacte sacrificiel qui est celui d'une peinture actualisée par la nature psychique et salvatrice de l'oeuvre. Un désir d'humanité fondamental, amoureuse de la terre et de ses humus, de son mystère. Car le secret réside sous la forme, le secret demeure, générateur d'humanité. 


 


1. Novalis, Anecdote 2019 in Le Monde doit être romantisé, Allia 2002, 2008. p. 88
2. Quentin Euverte x Olympe Racana-Weiler, 3'n in the morning - Noire était mon ombre, Galerie Michel Journiac, Paris, 14 novembre - 22 décembre 2017.
3. Poème épique de Yusuf, Khass Hajib (1069-1070).


 


Sophie Boursat, Janvier 2018


Auteur