September 9 - October 7, 2017

Just having a body is a daily comedy

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In what kind of strange theater is the body of art drowned? Following the numerous frantic uses of “isms”, it dances on the heady rhythms of industry, fashion, politics and on modernist reverberations. But in what state is this body? What can we seize from his movement with our own body?


Benjamin Collet and Anne Renaud ingenuously explore its metabolism, its living matter. This candor precisely is not naivety, but the innocence that comes after knowledge, the ability to forget, to be surprised. Viewing it this way happens only when letting go, accepting a fluctuation between abstract and figurative, between comedy and tragedy. This is the search for a merry imbalance.


Benjamin Collet’s works are assemblages, sculptures mixed with music and poetry. Failing haute couture eternally, they express loneliness, as elegant as clumsy, just as Icarus, an idealism that follows an axis downwards, tumbling.
His assembled works meet Anne Renaud’s paintings, which contain lines and surfaces that initiate a conversation leaning on a both abstract and figurative reality. She teases vegetal elements with the hint of a human movement, cartoon-like, in a martial dynamic that continuously spreads cliché while outlining these raw moments similar to visions.


The exhibition “Just having a body is a daily comedy” borrows the painter Amy Sillman’s words to gather both the artists’ practice in the aspect of a jester, a body wandering, taken in the back and forth between its science and its limitation, between its weight and its lightness. Their works probe with mockery the indetermination of the living, they dive into the experimentation by trusting the spontaneous, the absurd, as the only means to identify patterns. Patterns as ludicrous jousting?


Grotesque is like a carnival that transforms despair into laughter: “it celebrates a change, its own process and not what is changed. It basically is functional and not substantial. It makes nothing absolute but proclaims with joy the universal relativity through joke.” (1). It is a timeless mischievous kid, who is surprised by the norm from under and who is building caves only for subverted gallantries (2) in order to laugh at the impossible uniqueness and digress from the idea of truth, by focusing on located, accidental truths.


In this way, the exhibition tries to dismiss the relations of power ensued from progress and rationality by responding with a hedonist movement where the body excess is central and guiding lightness.


“The grotesque body is not separated from the rest of the world. It is not a closed, completed unit; it is unfinished, outgrows itself, transgresses its own limits. (...) the parts through which the world enters the body or emerges from it, or through which the body itself goes out to meet the world”.(3) 


Lucille Uhlrich
Artist
 
1. Benjamin Collet, interview
2. There is a rumor that one night, Amy Sillman ploughed into Samuel Beckett, who spilled his glass of wine on Francisco de Goya, who tripped Mikhaïl Bakhtine up.
3. M. Bakhtine, Rabelais and his world. Translation Hélène Iswolsky.


 




Dans quel étrange théâtre est plongé le corps de l’art ? Après avoir fait valser les « ismes » plusieurs fois, il danse sur les rythmes entêtants de l’industrie, de la mode, du politique et de réverbérations modernistes. Mais dans quel état est ce corps ? Que peut-on saisir de son mouvement avec notre corps ?


C’est avec candeur que Benjamin Collet et Anne Renaud explorent son métabolisme, sa matière vivante. Cette candeur n’est précisément pas de la naïveté, mais l’innocence qui vient après le savoir, l’aptitude à oublier, à s’étonner. Et ce regard n’advient qu’en lâchant prise, en acceptant une mobilité entre l’abstrait et le figuré, entre le comique et le tragique. C’est la recherche d’un déséquilibre joyeux.


Les oeuvres de Benjamin Collet sont des assemblages, des sculptures entremêlées avec des musiques et des poèmes. Eternelles déchues de la haute-couture, elles expriment, comme Icare, une solitude aussi élégante que maladroite, un idéalisme pensé selon l’axe d’une descente, d’une bascule.
Ses assemblages croisent les peintures d’Anne Renaud dont les lignes et les surfaces établissent une conversation arc-boutée entre une réalité abstraite et figurative. Elle taquine le végétal avec le soupçon d’un mouvement humain, cartoonesque dans une dynamique martiale qui sème continuellement le cliché en esquissant des instants bruts, semblables à des visions.


L’exposition « Just having a body is a daily comedy » emprunte les mots de la peintre Amy Sillman pour réunir leurs deux pratiques dans la perspective d’un corps bouffon qui déambule, pris dans un va-et-vient entre sa science et sa finitude, entre son poids et sa légèreté.
Avec dérision, leurs oeuvres sondent l’indétermination du vivant, elles plongent dans l’expérimentation en faisant confiance au spontané, à l’absurde, comme l’unique moyen d’identifier des motifs.
Des motifs comme des escarmouches grotesques ?


Le grotesque est l’équivalent d’un carnaval qui transforme le désespoir en éclat de rire : « il fête le changement, son processus même, et non pas ce qui est changé. Il est pour ainsi dire fonctionnel et non substantiel. Il ne rend rien absolu mais proclame dans la joie et via la farce, la relativité universelle. » (1). C’est un coquin atemporel qui s’étonne de la norme par le bas et fabrique des grottes réservées à des galanteries subverties (2) pour rire de l’impossible unicité et s’éloigner un peu de l’idée de vérité, en se focalisant sur des vérités situées, accidentelles.


C’est en ce sens que l’exposition s’évertue à éconduire les rapports d’autorité induits par le progrès et la rationalité en leur ripostant un mouvement hédoniste où les débordements du corps sont au centre et guident la légèreté.


« Le corps grotesque est un corps en mouvement. Il n’est jamais prêt ni achevé : il est toujours en état de construction, de création et lui-même construit un autre corps ; de plus, ce corps absorbe le monde et est absorbé par ce dernier. »(3)




Lucille Uhlrich
Artiste




(1) Benjamin Collet, entretien
(2) Il parait qu’un soir Amy Sillman a foncé dans Samuel Beckett qui a renversé son verre sur Francisco de Goya qui a fait un croche-pied à Mikhaïl Bakhtine.
(3) M.Bakhtine - L’oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen-Âge et sous la Renaissance