June 9 - July 22, 2017

Chroniques d'un été

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«Are you happy?» During the summer of 1960, Edgar Morin and Jean Rouch make the film Chronique d’un été (Chronicle of a Summer), in which they ask this question to passers-by, family members… An unprecedented statement of France in the 60’s but also a work in progress about happiness, the frivolity of holidays in Saint-Tropez, images of Paris in August, and the idea of French New Wave’s certain freedom. Terencio González is a visual artist – driven by the spirits of Rauschenberg, Basquiat, Baselitz and most of all the American Richard Diebenkorn and his series Ocean Park -. He is also a reader, a viewer; he knows that literature, cinema, and painting all share a common ability to seize the world. He likes to forge links. By using Chronicles of a Summer as the generic title for his exhibition, he pays tribute to both filmmakers who often worked sideways. This is an important clue to his work, in the gap built by the specific poetry found in his painting, and an original set up.


 


Because Terencio is an investigator. He knows how to enjoy every situation he is in: he makes the most of Jean-Michel Alberola’s studio, where he studies at the National School of Beaux-Arts in Paris. There, he learns a lot, how to react to the world, to pay attention to detail and to meet with popular subjects. Simultaneously, he decides to awaken his Argentinian origins, his father’s land, where he often stays. There he collects backgrounds of posters made of cheap paper with a specific format, used in Buenos Aires to advertise political messages, concerts or parties. 


 


As soon as 2013, Terencio applies on canvas a rich semiotic display from these posters thence increases the implication of forms and colors. His quest is a neat, extremely legible writing, which he uses to define a horizon or to animate the background. This series seems very simple, abnegating contrasts to the set of plans and becoming an abstract blueprint, restricted to only lines of force. But colors make the difference. Numerous, manifest, powerful and vibrating colors like an iridescent arch. With such a composition and conception, the works are rigorous and spare, but explicit with a tension that sometimes reveals some prints of lead letters vocabulary. 


 


However, nothing is fixed. Responding to the colored grid, a white neutral space on the lower part of the canvas, some horizontal sprayed ribs with the same primary colors. Terencio González lets the color define the final outline of the work. Far from all imitation (even built), of a pre-existing form, the canvas plays with acting; it shows an immediate and dormant presence to the material.


 


In Terencio González’s work, what is disowned or rather integrated is clearly mentioned: the Quattrocento’s perspective code order, the evocation of a Cezanne-style perspective and its breach. However, the painting’s silence is not a place of no-freedom. On the contrary, the artist brightens our eye and sharpens it. Since the beginning, he devotes himself to the pointless activity of trying to render what nature can do so perfectly, while avoiding all pattern or formal arrangement. If he puts aside all representation, he remains truthful to the frame and pushes the viewer to perceive reality as illusory. 


 


In Chroniques d’un été, Terencio González plays on the same formal and polychrome register. He uses again, with even more mastery, the posters backgrounds, whose very fine and nearly transparent paper allows vertical combinations and superposition. He endeavours to the idea of movement in his paintings: every element is in a constant mutation. It never is a finished structure, which holds the eye and let it rest, but almost a series of imbalance and ruptures, which overcome our perception. All depth is brought back to the surface while the margins and edges give the painting a frame, often in an unstable condition or almost about to be erased, to constrain it better. Observing the empty zone around the material, uniting in tension the distance and the closeness, Terencio González does not fear to rebuild time with a hallucinatory aspect added by the work done on the material. He then writes a partition between the real and the imaginary, an unusual odyssey of sensations. With color as an independent source of forms, he offers an abstract image of a specific world that he builds up rather than he endures.


 


In spite of his young experience, Terencio González has acquired great maturity and his works show a deep and strong unity. A stunning mark of abstract experience comes out of his paintings, a radiance where movement seem to restrain itself in immobility. We could talk about reification if there was not in his works a sense of empathy, which obviously concerns humanity. By constantly and proudly asserting his taste for painting, light and sublime, he is for me one of the most imaginative artists of his generation.


 


Françoise Docquiert
Université Paris 1 Panthéon La Sorbonne


 


Terencio González lives and works in Paris. After some short studies in Economics, painting quickly catches up with him and he enters the National School of Beaux-Arts in Paris in 2013 in Jean-Michel Alberola’s studio. He holds his degree in 2015. Terencio González is represented in Paris by the gallery Jérôme Pauchant.


 


 


« Etes-vous heureux ? » Durant l'été 1960, Edgar Morin et Jean Rouch réalisent un film Chronique d’un été où ils posent cette question à des passants, à des proches... Un témoignage inédit sur la France des années 1960 et aussi un work in progress sur le bonheur, l'insouciance des vacances à Saint-Tropez, des images de Paris au mois d'août, et l’idée d’une certaine liberté de la Nouvelle Vague. Terencio González, lui, est plasticien - Rauschenberg, Basquiat et Bazelitz et surtout l’américain Richard Diebenkorn et sa série Ocean Park sont ses référents -. C’est aussi un lecteur, un spectateur, il sait que littérature, cinéma et peinture partagent une aptitude commune à saisir le monde. Il aime tisser des liens. En reprenant Chronique d’un été comme titre générique pour son exposition, il rend hommage à deux créateurs qui ont souvent travaillé hors des sentiers battus. C’est un indice important sur son travail dans l’écart aménagé par une poésie propre à sa peinture et une mise en figures originale. 


 


Car Terencio González est un chercheur. Il sait profiter de ses diverses expériences : à l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts de Paris, il s’enrichit au contact de Jean-Michel Alberola dont il suit l’atelier. Il y puise beaucoup, y apprend à réagir sur l’état du monde, à l’importance du détail et à rencontrer des sujets populaires. Parallèlement, il réactive ses racines argentines, pays qu’il avait toujours côtoyé pendant des séjours dans le pays d’origine de son père. Il y collecte des fonds d’affiches en papier bon marché, d’un format spécifique qui servent à Buenos Aires à l’annonce de messages politiques, d’annonces de concerts ou de fêtes. 


 


Dès 2013 en partant de ces affiches, Terencio pose sur la toile une riche panoplie sémiotique et multiplie les implications formelles et chromatiques. Il est à la recherche d’une écriture nette, extrêmement lisible qu’il utilise pour définir un lointain ou animer le fond. Ces toiles semblent très simples, renoncer à tous contrepoints, aux jeux de plan et devenir un schéma abstrait, réduit aux seules lignes de force. Mais les couleurs font la différence. Multiples, elles sont franches, puissantes, vibrantes à la manière d’un arc irisé. Les œuvres sont rigoureuses dans leur structure, économes dans leur conception, explicites dans leur tension qui laisse parfois apparaître quelques traces d’un vocabulaire de lettres de plomb. 


 


Pourtant rien n’est figé. En réponse à cette grille colorée, en bas un espace blanc, neutre, strié de quelques lignes horizontales faites à la bombe où on retrouve les tons primaires des toiles. Terencio González laisse la couleur établir la trace définitive de l’œuvre. Loin de toute imitation (même construite) d’une forme préexistante, la toile joue sur le faire, elle figure une présence immédiate et latente de la matière.


 


Dès cette époque, il y a bien dans les œuvres de l’artiste, l’indication de ce qui est renié ou plutôt assimilé : l’ordre du code perspective du Quattrocento, le renvoi à une perspective cézanienne et à sa rupture. Et le silence du tableau n’est pas un champ de non-liberté. Au contraire, Terencio González avive le regard et le rend plus aigu. S’il met de coté toute représentation, il ne rompt pas avec le cadre, il incite son spectateur à percevoir la réalité comme illusoire. 


 


Avec Chronique d’un été, Terencio González joue sur le même registre de formes, de polychromies. Il reprend, avec plus de maitrise encore, les fonds d’affiches dont le papier très fin et presque transparent lui permet des combinaisons de verticales et des superpositions. Il s’attache à l’idée d’un mouvement dans sa peinture : tout élément y est en perpétuelle mutation. Ce n’est jamais un édifice achevé qui retient l’œil et le laisse au repos mais presque une série de déséquilibres, de ruptures qui nous font plier le regard. Toute profondeur y est ramenée à la surface tandis que les marges et les bordures encadrent cette peinture souvent en état d’instabilité ou presque en voie d’effacement pour mieux la contraindre.  
En épiant le vide qui entoure la matière, en rendant unis, dans une tension, le loin et le proche, Terencio González ne craint pas de reconstruire le temps grâce à un supplément hallucinatoire accordé par le travail sur la matière. Il accomplit ainsi une partition entre le réel et l’imaginaire, une insolite odyssée de sensations. Avec la couleur comme génératrice autonome de formes, il propose une image abstraite d’un univers qui lui est particulier et qu’il construit au lieu de le subir. 


 


Ayant acquis aujourd’hui et malgré son expérience encore jeune, une forme de maturité, Terencio González fait apparaitre un travail d’une profonde et forte unité. De ses tableaux surgit une éclatante empreinte de l’expérience abstraite, une lumière irradiante où le mouvement semble se restreindre dans l’immobilité. On pourrait parler de réification s’il n’y avait pas dans toute cette peinture un sens de l’empathie qui concerne très évidemment l’homme. En affichant en permanence son goût pour la peinture, la lumière et le sublime, il est, pour moi, l’un des artistes les plus inventifs de sa génération. 


 


Françoise Docquiert
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne


 


Terencio González vit et travaille à Paris. Après un passage dans une filière économique, il est vite rattrapé par le virus de la peinture et entre en 2013 à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Jean-Michel Alberola dont il sort diplômé en 2015. Terencio González est représenté à Paris par la galerie Jérôme Pauchant.