A landscape is an overview: the term itself implies that vision is involved and calls for embrace. The eye enfolds it while it stimulates the senses and enraptures the mind. Fresh, charming, laughing, injured, prone to storms, the landscape needs its qualifying term, as much as moods and human feelings, also known as the landscapes of the soul or the inner landscapes. Victor Hugo in the Contemplations, Rousseau in the Reveries of a Solitary Walker, Baudelaire in the Invitation to the Voyage: landscape has always been an endless source of art. Gaston Bachelard emphasizes, a native country is more material than it is just a space: it is granite or land, wind or drought, a source of water or of light. This is where our reveries are materialized, where our dreams get their true substance, where we call for our fundamental color.1


Five artists from different horizons are united through a contemplative and meditative vision of art: works by two young Parisian artists: Terencio Gonzalez, whose work is shown here for the first time in a gallery and Lyes Hammadouche, and by Lauryn Youden, artist based in Berlin, are next to internationally renown other artists: the British Nathaniel Rackowe and the New-Yorker Evan Gruzis.


Posters, wood, sand, amateur video, building materials, textile dye, each uses unprocessed or cheap materials to sublime them; just as nature can compose a range of blend multicolored worlds from raw material or elements. While digressing from the traditional representation based on mimesis, each reenacts the nature's creation process in order to create a landscape of his own.


Aesthetic echoes are bouncing within the gallery space throughout the exhibition, letting the viewer experience here a mental landscape and there another, from a kind of meditation to another. By sticking Argentinian posters' backgrounds on large linen canvases first coated with white acrylic house paint, the environments Terencio Gonzalez had seen previously emerge from his memory to create vibrating and radiant variations. This colored dazzle evokes the more confidential iridescence found in the luminous spectrum of Nathaniel Rackowe's work, neon lights hidden behind building sites items, or, more conspicuously in the crossed sunset views on the beach in Lauryn Youden's video. The peaceful back and forth of the waves and the haunting music evoke the meditative impact and the fluidity of the artificial colors used by Evan Gruzis, as well as the hypnotic force of the lunar landscapes and the reversed topographies slow motion of Lyes Hammadouche's work.


Allowing an abstract image to be associated with the idea of landscape, The Cosmic Shifter 2 does no longer focus on a simple horizontal line revealing earth and sky, but a poetic approach probing the viewer's subconscious. Remote and intangible, the landscapes we remember with their own colors, lights, movements and impressions still on the shore of our imagination -, gather both a presence and intensity that force contemplation and open the era of modern dreamlike: We dream before we contemplate. Any landscape is first an experience of a dream, before it even is a self-conscious display, emphasizes again Gaston Bachelard3. Lauryn Youden's video, the only truly figurative work presented here, appears like a deformed postcard of a revisited cliché oddly similar to a state of heavenly sleep the inhabitants experienced in Aldous Huxley's Brave New World: art, a fascinating and soothing cure with a sprinkle of humor, is a substitute for soma, a drug forcing to experience permanent happiness.


In these troubled times, it seems important to repeat that dream and contemplation still convey escapism for imagination and remains the core of creation today. At the end of this journey, the works appear to be a remedy to the world's visual and technological speed and saturation, as if time was withheld, an echo to Albert Camus? writing in his notebooks in 1939: A long break in the clouds is enough to bring calm flooding back into overanxious hearts 4. 


Raphaëlle Romain
Art Critic and Historian


1  Gaston Bachelard. Water and Dreams: An Essay on the Imagination of Matter, Paris, 1942.
2  To state that a line is horizontal implies placing it in a situation of cosmic metaphor: reference to the horizon, thus to the earth?s roundness. Francis Edeline, L'embrayeur cosmique (The Cosmic Shifter), in Formules Revue de literature à contraintes n° 9, 2005, p. 39.
3 Gaston Bachelard. Op. Cit.
4 Albert Camus, March 1939. Notebooks I (May 1935 - February 1942). II, 975. Translation Philip Thody, 1962.


 


Le paysage est une vue d'ensemble: le terme lui-même engage la vision et appelle réception. L'oeil l'embrasse, quand, lui, attise les sens et saisit l'esprit. Frais, charmant, riant, sinistré, orageux, il réclame son qualificatif, autant que les humeurs et sentiments humains, aussi nommés «paysages de l'âme» ou «paysages intérieurs». Hugo et ses Contemplations, Rousseau et ses Rêveries du promeneur solitaire, Baudelaire et son «invitation au voyage», le paysage est, au fil des siècles, une source intarissable de création. Gaston Bachelard souligne ainsi que «le pays natal est moins une étendue qu'une matière; c'est un granit ou une terre, un vent ou une sècheresse, une eau ou une lumière. C'est en lui que nous matérialisons nos rêveries; c'est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c'est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale»1.


Cinq artistes d'horizons variés sont réunis autour d'une vision contemplative et méditative de l'art : les oeuvres des deux jeunes artistes parisiens Terencio González qui réalise sa première exposition en galerie, et Lyes Hammadouche, de la Berlinoise Lauryn Youden, côtoient celles d'artistes à la renommée internationale, le Britannique Nathaniel Rackowe, et le New-yorkais Evan Gruzis. 


Affiches, bois, sable, vidéo amateur, matériaux de construction, teintures pour textiles, chaque artiste emploie des matériaux bruts ou bon marché pour les sublimer ; de la même manière que la nature, partant des éléments et des matières premières, compose une palette d'univers bigarrés. S'éloignant de la tradition classique de la représentation fondée sur la mimesis, chacun mime les processus de création de la nature elle-même pour engendrer un paysage à son image.


Au fil de la déambulation, les échos esthétiques ricochent dans l'espace de la galerie et font passer le spectateur d'un paysage mental à l'autre, d'une méditation à l'autre. Avec ses fonds d'affiches argentines collés sur de grandes toiles de lin enduites de peinture blanche, Terencio González laisse advenir les souvenirs des environnements qu'il a fréquentés et compose des variations vibrantes et lumineuses. Ce phénomène d'éblouissement coloré retrouve l'irisation plus confidentielle des spectres lumineux de Nathaniel Rackowe, néons dissimulés sous des éléments de chantier, ou celle plus prononcée des vidéos croisées d'un coucher de soleil sur la plage de Lauryn Youden. Le tranquille va-et-vient des vagues et les remous d'une musique lancinante rappelle tant la portée méditative et la fluidité des couleurs artificielles d'Evan Gruzis, que la force hypnotique du lent mouvement des paysages lunaires et des topographies inversées de Lyes Hammadouche. 


L'«embrayeur cosmique»2, permettant l'association d'une image abstraite à l'idée de paysage, n'est plus alors concentré dans une simple ligne horizontale qui mettrait en présence la terre et le ciel ; mais dans une approche poétique qui sonde l'inconscient du spectateur. Lointains et impalpables, les paysages vécus - dont les couleurs, les lumières, les mouvements et les impressions perlent sur les rivages de notre imagination -, condensent une présence et une intensité qui force la contemplation et inaugurent l'ère de l'onirisme moderne : «On rêve avant de contempler. Avant d'être un spectacle conscient tout paysage est une expérience onirique» avait encore souligné Gaston Bachelard3. Seule oeuvre véritablement figurative, la vidéo de Lauryn Youden s'offre comme la carte postale déformante d'un cliché revisité étrangement proche de l'état de «sommeil paradisiaque» des habitants du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley : au soma, drogue contraignant au bonheur permanent, se substitue l'art, remède fascinant et apaisant saupoudré d'un trait d'humour. 


En ces temps tourmentés, il a paru essentiel de rappeler à travers cette exposition que le rêve et la contemplation constituent, encore aujourd'hui, tant une échappatoire pour l'imagination qu'un creuset pour la création. Au terme de ce voyage, les oeuvres apparaissent comme un antidote à la rapidité et à la saturation technologique et visuelle du monde, un temps suspendu qui fait raisonner cette phrase qu'Albert Camus écrivait dans ses carnets en 1939: «Il suffit d'un grand morceau de ciel, et le calme revient dans les coeurs trop tendus»4.


Raphaëlle Romain
Historienne et critique d'art


1 Gaston Bachelard, L'eau et les rêves, Essai sur l'imagination de la matière. Paris : José Corti, 1942/ Le livre de Poche, 1993. p. 15.
2 « Dire d'une ligne qu'elle est horizontale c'est la placer aussitôt en situation de métaphore cosmique : référence à l'horizon et donc aussi à la rotondité de la terre. » Francis Edeline « Les embrayeurs cosmiques », dans Formules Revue de littérature à contraintes n° 9, 2005, p. 39.
3 Gaston Bachelard. Op. Cit. p. 11.
4 Albert Camus, Mars 1939 - Carnets I (mai 1935 - février 1942), cahier II, 975.